La biodiversité :
un enjeu incontournable pour les entreprises

État des lieux de la biodiversité

Issu de la contraction de bio – vie en grec – et diversité, le terme « biodiversité » est utilisé en 1968 pour désigner l’ensemble des êtres vivants, les écosystèmes et leurs interactions. Résultat de plusieurs milliards d’années d’évolution, la biodiversité est complexe et existe à plusieurs niveaux dont la diversité génétique, la diversité spécifique et la diversité écologique.

biodiversité entreprise

La diversité génétique désigne la variété de gènes présents au sein d’une même espèce. Elle permet aux individus d’une même espèce de posséder des caractéristiques différentes. Cette diversité de gènes est nécessaire à toute espèce, car elle lui permet d’être résiliente et de s’adapter aux modifications de son environnement. À long terme, l’absence d’une diversité de gènes suffisante peut entraîner la disparition d’une espèce.

La diversité spécifique est la plus connue. Elle désigne la diversité des espèces vivantes.

La diversité écologique correspond à la diversité des écosystèmes présents sur Terre. C’est au sein de ces multiples écosystèmes que les espèces interagissent entre elles.

La biodiversité actuelle découle d’un long processus d’évolution depuis les premières formes de vie datées à 3,7 milliards d’années.

L’histoire de la vie sur Terre et de la biodiversité n’a pas été un long fleuve tranquille, bien au contraire. Elle a été ponctuée par 5 crises d’extinctions majeures où le taux d’extinction des espèces atteignait 70 % et 25 crises mineures. Chacune de ses crises majeures se sont étalées sur des centaines de milliers d’années et ont permis, par la suite, une explosion du nombre d’espèces. La disparition d’espèces permettant l’émergence de groupes, jusque-là minoritaires.

La biodiversité mondiale se dégrade et nous parlons désormais d’une 6ᵉ extinction de masse. Depuis deux siècles, le rythme d’extinction des espèces s’est considérablement accéléré du fait de l’impact de l’homme sur les écosystèmes et le réchauffement climatique.

En 2019, la publication du rapport publié par la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a permis de dresser un état de lieux de la biodiversité. Il est estimé que 75 % des milieux terrestres ont été sévèrement modifiés par les activités humaines et 66 % des milieux marins sont dans la même situation. Le nombre total d’espèces est estimé à 8 millions. Un million d’entre elles seraient menacées d’extinction. 80 % de la biodiversité actuelle est inconnue.

L’érosion de la biodiversité : un enjeu international

Le One Planet Summit qui s’est déroulé l’année passée, a placé la biodiversité au cœur des enjeux internationaux. Organisé par la France, il a permis à une coalition d’Etats de prendre des engagements face au déclin de la biodiversité, dont :

  • La protection de 30 % des espaces marins et terrestres d’ici à 2030 : actuellement, seules 15 % des terres et 10 % des espaces aquatiques sont protégés, selon l’IUCN.
  • La promotion de l’agroécologie. Cela permet ainsi de limiter l’action humaine sur les cultures tout en restaurant et maintenant la biodiversité.
  • La mobilisation de financements pour la biodiversité ;
  • La protection des forêts, des espèces et de la santé humaine.

La COP15 sur la biodiversité, repoussée à plusieurs reprises suite à la crise sanitaire, dont la première partie s’est déroulée virtuellement en octobre 2021, est censée reprendre dès le 25 avril. Elle devrait permettre la protection d’espaces terrestres et marins ainsi que la création de nouveaux objectifs mondiaux pour la protection de la biodiversité.

D’autres évènements internationaux se dérouleront également en 2022 comme la COP27 sur le climat et le nouveau Sommet de la Terre.

La protection de la biodiversité : pourquoi c’est important ?

Protéger la biodiversité équivaut à protéger notre futur tout simplement ! En effet, nous faisons partie intégrante de la biodiversité et sa disparition provoquerait l’effondrement de la civilisation humaine, ce qui, au passage, profiterait à de nombreuses espèces sur le long terme.

Les bienfaits de la biodiversité pour l’humanité sont multiples, en voici quelques-uns.

De plus, la biodiversité nous rend, gratuitement, de multiples services aussi appelés services écosystémiques.

  • Des services dit d’approvisionnement : elle nous fournit des matières premières, des matières et de l’énergie
  • Des services dit de régulation : elle permet la biodégradation de matériaux, l’amélioration de la qualité de l’air, le stockage de carbone, l’atténuation des phénomènes climatiques extrêmes, l’amélioration de la qualité de l’eau, l’atténuation des phénomènes d’érosion, le maintien de la fertilité des sols, la pollinisation, etc.
  • Des services dit culturels : la biodiversité est une source d’innovation et inspiration pour l’art, le design, la science, etc. Elle permet aussi le développement de formes de tourismes plus durables.

De façon générale, les conséquences de la perte de biodiversité sont nombreuses : en perpétuelle évolution, elle est un laboratoire grandeur nature et source d’inspiration pour l’innovation. Les services qu’elle nous rend sont difficiles à quantifier et surtout à évaluer financièrement, mais l’histoire nous a déjà montré que la perte de biodiversité nous coûte cher !

Depuis les années 1980 – 1990, l’utilisation excessive de pesticides dans les vergers de poiriers de la province du Sichuan en Chine a entraîné la disparition des abeilles. Or, elles sont absolument nécessaires pour polliniser cet arbre dont le fruit fait la renommée de la région dans le monde. Désormais, la pollinisation se fait à la main.

Si cet exemple peut faire sourire, il cache une terrible réalité à laquelle certains secteurs d’activité, très dépendants de la biodiversité, risque un jour d’être confrontée : c’est de devoir se passer des précieux services écosystémiques !

Le rôle de l’entreprise

Avant de commencer cette partie, nous rappelons que les liens entre entreprise et biodiversité ne se résument pas à des impacts négatifs. De plus en plus, des initiatives, que nous détaillerons par la suite, émergent pour protéger la biodiversité.

Aborder la biodiversité en entreprise, pourquoi cela est-ce si difficile ?

Malgré ses enjeux faciles à comprendre sur l’humanité, il reste très difficile d’aborder la question de la biodiversité en entreprise.

Contrairement au réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité est peu médiatique, à l’exception des espèces emblématiques comme le panda ou l’ours polaire. À cela, s’ajoute la méconnaissance du sujet et la difficulté de faire le lien entre son entreprise et la biodiversité.

D’autres freins peuvent être mis en évidence comme :

  • Présence de contraintes budgétaires ou absence de moyens suffisants,
  • Rentabilité à court terme (business first)
  • La réticence au changement et l’inertie des entreprises de grande taille,
  • Manque de visibilité par rapport à la rentabilité des investissements,
  • Absence d’informations ciblées pour un secteur d’activité donné.

Certains secteurs dépendent de la biodiversité et des services qu’elle offre : l’agriculture, l’industrie du bois et des matières premières en sont quelques exemples. Cependant, tous les secteurs d’activités ont un impact sur la biodiversité, qu’ils soient dépendants ou non des services écosystémiques. De ce fait, il est nécessaire de quantifier l’impact de son entreprise.

Pourquoi aborder la biodiversité en entreprise

Aborder la biodiversité en entreprise présente plusieurs avantages dont l’anticipation, le respect de la réglementation, la maîtrise des coûts, l’attractivité de l’entreprise pour les investisseurs, l’amélioration de la réputation auprès de la clientèle et surtout fédérer les collaborateurs autour d’objectifs qui donnent du sens.

Nous vous proposons d’aborder trois d’en eux, à savoir les questions d’image, économiques et réglementaires.

  • Aborder la biodiversité en entreprise : une question d’image

Les résultats du baromètre de la biodiversité 2020 de l’UEBT indiquent que :

  • Les consommateurs donnent de plus en plus d’importance à la biodiversité et à son respect, ce constat est d’autant plus vrai pour les générations nées après 1980.
  • Les consommateurs ne font pas particulièrement confiance aux entreprises qui communiquent sur les enjeux de la biodiversité. En effet, seulement 22 % des répondants font confiance aux entreprises à ce sujet. Néanmoins, dès qu’une entreprise est certifiée, la confiance des consommateurs augmente : 76 % des sondés déclarent croire une entreprise labellisée par un organisme indépendant.

Intégrer les enjeux de la biodiversité est donc une question d’image et de réputation auprès de sa clientèle. Ce constat est, par ailleurs, confirmé par les résultats du même baromètre.

  • Pour 79 % des sondés, l’achat d’un produit respectant la biodiversité rend heureux.
  • Pour 76 % des sondés, l’achat de produits d’une entreprise qui respecte la biodiversité permet d’avoir un impact positif sur la société.
  • 61 % des Français interrogés achètent volontairement les produits d’entreprise s’ils savent qu’elle respecte la biodiversité.

 

  • Aborder la biodiversité en entreprise : une question économique

Inclure la biodiversité dans les stratégies d’entreprise est aussi une opportunité économique : en effet, les consommateurs ne sont pas les seuls pour qui l’intérêt pour la biodiversité grandit. Les acteurs financiers et les investisseurs sont également de plus en plus sensibles aux enjeux de la biodiversité. Il ne s’agit pas d’ici d’une marque altruisme de la part de fonds d’investissement, mais d’un simple constat : une entreprise qui prend en compte la biodiversité dans sa stratégie augmente considérablement sa pérennité, car cela signifie qu’elle a une vision à long terme.

Comme évoqué précédemment, de nombreux secteurs d’activités sont dépendants de la biodiversité et des services écosystémiques. Le rapport du TEEB – Économie des écosystèmes et de la biodiversité – Rapport pour les entreprises a chiffré la valeur économique de ces services, mettant ainsi en évidence la forte dépendance de certaines activités, mais aussi l’impact économique de la perte de biodiversité.

Ces chiffres nous rappellent combien la protection de la biodiversité est nécessaire pour pouvoir maintenir nos entreprises. Par ailleurs, la perte de biodiversité aurait des conséquences dramatiques sur l’économie mondiale : selon le WWF, si nous maintenons la production industrielle actuelle, la diminution du rendement des six principaux services écosystémiques[1] entraînerait une perte de 10 trillions de dollars sur 40 ans.

  • Aborder la biodiversité en entreprise : une question réglementaire

Au-delà des questions d’image et économiques, intégrer les enjeux de la biodiversité dans les politiques de l’entreprise est essentiel pour anticiper et être conforme à la réglementation.

Avec la loi NRE, du Grenelle II et de l’obligation de transparence des entreprises en matière de reporting : la biodiversité est l’un des sujets à traiter. Il est cependant peu abordé, car la biodiversité reste un sujet complexe et pour lequel il manque des indicateurs pertinents et aisément mesurables.

Depuis 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages dite loi biodiversité, la notion de réparation du préjudice écologique a été inscrite dans le code civil. Concrètement, cela signifie que toute personne physique ou morale doit, suite à un dommage causé à l’environnement, supprimer, réduire ou compenser ce dommage.

Plus récemment, depuis la loi Climat et résilience (2021) la mise en danger de l’environnement est un délit qui peut être sanctionné par 10 ans de prison et 22 500 000 € d’amendes si l’acte est intentionnellement causé par une entreprise.

Depuis le 8 juin 2021, la stratégie européenne pour la biodiversité est entrée en action. Cependant, il s’agit de mesures concernant principalement la protection d’espaces maritimes et terrestres.

Enfin, au niveau des conventions internationales, seuls les objectifs d’Aichi en 2010, font mention à la biodiversité. Notons néanmoins que la biodiversité fait l’objet de deux objectifs de développement durable, les ODD 14 et 15.

  • Mettre des actions en place au sein de l’entreprise
    • État des lieux de l’existant

Ayant connaissance des différents avantages à la mise en place d’actions en faveur de la biodiversité, l’entreprise peut choisir de mettre en place des actions concrètes. Avant de démarrer, il peut être intéressant de faire un état des lieux de ce qui est déjà en place en identifiant les actions déjà entreprises.

    • Impliquer les collaborateurs et les parties prenantes

Mettre en place des actions en faveur de la biodiversité nécessite du temps et une implication de l’ensemble de la chaîne hiérarchique. D’un côté, le développement de nouvelles pratiques et d’actions va générer un coût supplémentaire à court terme pour l’entreprise : de ce fait, il est nécessaire que la ou les direction(s) soient convaincue(s) du projet. Ainsi, avec leur soutien, implémenter de nouvelles pratiques sera bien plus aisé et surtout, pourra se faire sur le long terme.

D’autre part, la mise en application, de nouveaux modes de fonctionnement ou d’actions concrètes impliquant les collaborateurs, ne pourrait se faire sans leur soutien. Ainsi, il est nécessaire de les associer rapidement sur ces questions.

De même, les parties prenantes doivent participer pour que le projet fonctionne sur le long terme : cela permettra de définir des objectifs atteignables en prenant en compte les compétences et limites de chaque acteur impliqué.

    • Faire un état des lieux de la biodiversité et mesurer son impact

Pour identifier les impacts et les enjeux liés à la biodiversité, il est nécessaire de se poser les bonnes questions. Pour cela, « Entreprise et biodiversité – Gérer les impacts sur la chaîne de valeur » de EPE a dressé une liste de questions qu’une entreprise peut être amenée à se poser en se basant sur les cinq causes connues d’érosion de la biodiversité.

Comme le soulignent les auteurs, cette liste n’est pas exhaustive. Par ailleurs, les questions doivent être adaptées aux particularités du secteur d’activité. Cette grille d’analyse a ces limites :

  • Elle manque d’objectivité : les réponses aux questions pourraient varier suivant la sensibilité ou la connaissance de la personne
  • Elle ne permet pas de quantifier précisément les impacts ni d’avoir un suivi dans le temps.

Elle offre néanmoins la possibilité d’avoir une première évaluation/estimation des impacts permettant ainsi de prendre des décisions en connaissance de cause. L’entreprise qui souhaiterait s’engager pour la biodiversité, peut également faire le choix d’utiliser des outils d’autoévaluation et d’analyse tel que l’indicateur d’interdépendance de l’Entreprise à la Biodiversité (IIEB) développé en 2006.

L’entreprise peut aussi se pencher sur les opportunités (et les risques) liés à ces premiers constats et ainsi, définir des objectifs mesurables, atteignables et ambitieux en prenant en compte les capacités et les limites des collaborateurs et parties prenantes.

  • Aller plus loin et valoriser ses actions

L’IUCN propose aux entreprises de se doter d’une stratégie biodiversité qui peut s’articuler ainsi.

  • Identifier ses impacts et dépendances vis-à-vis du capital naturel ;
  • Évaluer les risques et les opportunités à prendre en compte le capital naturel ;
  • Mesurer et reporter sur ses impacts, ses dépendances et son engagement ;
  • Mettre en œuvre des actions pour réduire les risques et agir positivement ;
  • Intégrer le capital naturel dans le cœur de sa stratégie d’entreprise pour s’engager vers une économie verte et durable.

De plus, pour être totalement objectif, cet audit devra prendre en compte toute la chaîne dont l’approvisionnement (ce qui inclut les fournisseurs) notamment en matière première, le cycle de vie des produits ou encore le transport. Si l’on prend ce dernier comme exemple, il peut propager des espèces envahissantes, fragmenter des habitats ou polluer et donc amener des espèces à disparaître. Cependant, la tâche peut être ardue pour les entreprises. C’est pourquoi il existe de nombreux outils permettant aux entreprises de mesurer leur impact sur la biodiversité, de valoriser leur action et de se faire accompagner dans leur démarche.

Pour y voir plus clair, la Mission Économie de la Biodiversité propose une grille comparative des différents indices ainsi qu’un arbre de décisions.

[1] Pollinisation, protection côtière, filtration de l’eau, production de bois, pêche et stockage du carbone

Sources

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