Dans nos forêts, le passage de l’Hiver à l’Automne est marqué par un évènement spectaculaire et quasi « préhistorique ». Quand, marchant dans bois et sous-bois, la douce mélopée des feuilles et branches s’entrechoquant au rythme du vent laisse brutalement place à un rugissement guttural sortie d’on ne sait où, l’étonnement, la curiosité, et peut-être une petite pointe d’angoisse vient à vous.

Ce hurlement, c’est le brâme du cerf ou raire, annonçant la période de rut de l’animal. Cerfus elaphus ou Cerf commun est, avec le chevreuil et le daim, le représentant le plus marquant des cervidés de France. Lorsque vient la fin de l’Eté, correspondant à la deuxième quinzaine de Septembre, la période de reproduction s’annonce pour le cerf et durera environ un mois. Les jeunes n’ayant pas encore constitué de harde vont user de tous les stratagèmes pour conquérir les femelles appartenant déjà à un autre groupe.

Le brâme permet aux cerfs mâles de se repérer, de se jauger mais aussi d’attirer les femelles esseulées. Les jeunes détiennent un brâme moins rauque que les vieux mâles dont le raire peut porter à des kilomètres à la ronde, ce qui permet à chacun d’évaluer le rapport de dominance qui pourra s’instaurer entre les différents individus. Généralement, l’écoute du brâme dissuadera les plus jeunes et les plus faibles de venir défier le vieux mâle. Néanmoins, si aucune distinction de puissance n’est affirmée entre les deux raires, alors la rencontre visuelle prend le relai dans la relation de défi qui s’établit entre les deux individus. De la même manière, si le contact visuel ne détermine toujours pas lequel des deux cervidés présente un avantage flagrant, autant par sa corpulence que par ses bois, alors la rencontre physique devient inévitable. Les deux cerfs s’affrontent en face à face, tête baissée de manière à entrechoquer leurs ramures et rentrer dans un rapport de force. Lorsque l’un des deux plie de fatigue ou décide de prendre la fuite, le combat prend fin et la relation hiérarchique est fixée.

Cependant, il arrive que lors du combat, les bois des cerfs s’enchevêtrent et ne se défassent plus. Deux cas se présentent alors : soit les deux animaux y laissent leur vie, épuisés, soit les bois d’un des cerfs se rompent, libérant ainsi les deux duellistes. Il arrive que les attaques brutales menées généralement de front dérapent et viennent blesser un des combattants, parfois mortellement.

On considère généralement que la période de raire s’étale de la mi-Septembre à la mi-Octobre, mais il est parfois possible d’entendre brâmer un cerf en dehors de cette période. La raison de cet évènement réside dans le fait qu’une femelle non fécondée pendant la période de rut continuera à reproduire un oestrus (période de chaleur) au plus tard jusqu’au mois de Mars. Ce comportement fera réagir les mâles à proximité qui réitèreront ce cri si distinctif de l’espèce.

Aussi, le climat et l’altitude sont des éléments décisifs de cette période. Plus on se rapproche des régions nordiques ou que l’on s’élève en altitude, plus l’écoute du raire sera tardive et ce, pour des raisons de disponibilité en nourriture lorsque le faon naîtra (le temps de gestation est d’environ 8 mois).

Le brâme du cerf est peut-être un des évènements les plus remarquables de nos forêts. Légendaire, il plonge chaque auditeur dans une profonde communion avec la nature, entretenant ce fascinant contraste entre la paix émanant d’un bois en fin d’Eté et la puissance royale de ce cri faisant vibrer air et feuilles d’arbres. Si le lion est considéré comme étant le souverain des savanes, le cerf élaphe détient l’entière légitimité de se positionner comme le monarque sylvain de nos contrées.

Toutefois, pour pouvoir profiter et faire profiter aux générations futures de ce moment unique, il est fortement recommandé d’être le plus discret possible lorsque vous viendrez à sa rencontre, accompagné de Donatien du Rostu dans la réserve du Pinail ou des membres de l’ONF en forêt de Rambouillet. A découvrir lors de nos séjours, séminaires et team building nature, très développement durable !

Geoffrey Thievet

Bibliographie